Paysages en blanc

Paysages Blancs
Il y a, au départ, un paysage noir.
Des arbres, des roches, des pentes, des flancs de montagnes, des coulures : les ingrédients d’un paysage initial. Les traits sont noueux, filandreux, ils s’enchaînent et s’ajoutent. La feuille, large et panoramique, est saturée par l’encre noire.

Le blanc intervient. Il faut simplifier.
Des encres d’imprimerie, des pigments à l’huile, des jus acryliques dilués, du blanc de recouvrement (Gesso) : le blanc est porté par des liants gras, huileux ou aqueux. Des matières qui n’aiment pas trop se mélanger, s’acceptent, font contrepoint. Le blanc n’a rien de calme ni d’apaisant. Chaque source de blanc possède sa vitesse, son inertie, son pouvoir d’occultation, ses possibilités de transparence, sa force de révélation. Le blanc peut faire beaucoup de choses différentes. Le blanc percute, le blanc occulte, le blanc surgit. Le blanc est une multitude et chaque blanc a sa puissance.

Alors un autre paysage surgit : un horizon, une perspective, des arbres, des fumées, des troncs abrupts, rescapés et témoins du paysage premier devenu souterrain. Une branche verticale trouve un équilibre. On s’y retrouve un peu mais ça ne s’arrête pas là.
Le noir résiste, en dessous, au dessus, ailleurs, il perturbe, il affleure. Le noir laisse sortir des ombres, installe des vallées, offre des trouées vers le haut, vers le bas, vers le centre. Le noir conteste la perspective et raconte autre chose. Neige, mer, arbres, flammes, fumées, gouffres en dessous, gouffres devant, jaillissements : on se sait pas trop. Le noir insiste.

Un champ de bataille sans combattants. Les interprétations s’épuisent. Affrontement originel, le jour, la nuit, la lumière, les ténèbres, le noir, les blancs, le bien… à vous de voir. Ce qui se passe est là, sous nos yeux, plus immédiat et plus complexe, un passé, un présent agité. Paysage instable, perturbation de l’œil. Incertitude.