Biographie

La ligne et l’écriture……

Alexandra Fontaine vous invite dans un monde peuplé d’insectes, d’oiseaux, de mots – simplement écrits ou calligraphiés – et de paysages lointains évoquant des moments oubliés. Le fil rouge de ces différents éléments est la ligne : celle qui modèle, dessine, écrit et celle qui donne la direction au regard et invoque des sensations.

A l’instar de Paul Klee et Christian Dotremont qui ont  fait de l’écriture l’un des fondements de leur recherche artistique, Alexandra Fontaine accorde une importance primordiale à la symbiose du dessin et de l’écriture.  C’est donc tout  naturellement qu’elle s’est tournée vers le Japon, terre de calligraphie, où elle a vécu pendant un peu plus de deux ans. L’artiste y a rencontré un maître de sculpture avec lequel elle a un temps travaillé. Pendant cette période, elle a entrepris des excursions en Chine, en Indonésie et aux Philippines. Ces différents séjours lointains constituent une toile de fond à son travail artistique.

Le geste calligraphique renvoie ainsi à la manière dont l’artiste conçoit ses sculptures : la forme qu’elle donne au fil de fer constituant le squelette de l’animal est comme la ligne couchée sur le papier par la plume du poète. Ce même élan créateur est encore plus sensible dans les dessins à la plume et les gravures de l’artiste. Alexandra Fontaine y dépeint des paysages figurant un moment disparu. Pourtant aucune nostalgie ne transparaît de ses œuvres, leur contemplation offre un instant étrangement apaisant, empli de douceur et de sérénité.

Objets magiques…

Gil Rabier décrit avec une grande acuité le travail d’Alexandra Fontaine  :

« Les animaux d’Alexandra Fontaine sont à la fois précis et flous. L’attitude est noble et jamais bestiale. Exacte dans sa ligne, l’espèce est souvent incertaine. Les animaux tendent une aile, déploient une mandibule, soulèvent une patte…   De loin on perçoit comme une menace ancienne. On s’approche malgré tout, et le regard s’apaise, les brindilles s’affinent, les papiers froissés perdent leur limite.  L’animal vibre, aux aguets, immobile, déjà ailleurs.  On découvre alors que les animaux sont composés de traces. Morceaux de papiers calligraphiés, de métal, résille noire pour la mante religieuse, traces humaines et bouts de nature savamment  prélevés  fabriquent  une  étrange  tension.  Autour d’eux, l’espace  s’aplatit, devient  page et accueille des signes calligraphiés par une main étrange, que l’on  voit revenir également dans les encres et les gravures. Le monde animal apporte ici son évidence et son mystère. »

Ces lignes synthétisent à la perfection les œuvres d’Alexandra Fontaine empreintes de mystère, de magie et de vie.

La fragilité des matériaux utilisés : fleurs, mousses, coquillages, papiers, brindilles rappellent en effet la légèreté des insectes et des oiseaux. Imperceptiblement, les ailes, les pattes, le thorax, les abdomens des sculptures semblent bouger au gré des frémissements de l’air, plongeant ainsi le spectateur dans un monde en apparence immobile et pourtant comme magiquement animé.

Emmanuelle Cannavo